La 5G privée est au cœur de la transformation numérique des industries, comme en témoignent les expériences d’Acome et d’Airbus. Deux types d’industries, ETI et Grande Entreprise, qui partagent leurs retours d’expérience sur le déploiement de réseaux 5G privés, les défis rencontrés et les bénéfices obtenus.
Pourquoi installer une infrastructure 5G privée au sein d'un site industriel ?
Aurélien Bergonzo, Directeur Telecom, Datacom et infrastrcuture chez Acome, explique que le site industriel d’Acome, de 50 hectares extérieurs et 15 hecatres intérieurs, était initialement connecté en Wi-Fi. Les problèmes de couverture limitaient l’efficacité et la productivité. En projetant une vision à long terme, Acome a décidé de déployer un réseau 5G privé pour couvrir l’ensemble du site, en Normandie.
« Ce qui nous a motivé est le problème de couverture du site essentiellement couvert en wifi, soit les pertes d’efficience et d’efficacité. Nous nous sommes projetés sur une vision à long terme : sur les 10 ans à venir, puis nous nous sommes penchés vers un réseau 5G privé, pour répondre à nos besoins métier. Ce type d’infrastructure s’anticipe. » exprime-t-il.
Pour Airbus, la connectivité sans arrêt et fiable était également la raison principale de l’installation d’un réseau 5G privé. Alexandre Bey, product manager connected factory IoT/5G, chez Airbus, explique que les sites, de plus de 600 hectares transnationaux, exigent une connectivité fiable pour soutenir leur transformation digitale. « Airbus déploie actuellement des réseaux 5G privés sur plusieurs sites internationaux, en France, en Allemagne, en Espagne, et commence aux États-Unis et au Canada. Le passage à la 5G privée a permis de réduire les coûts d’installation et d’augmenter la stabilité de la connectivité. »
Des cas d'usages existants, et leurs bénéfices.
Acome et son opérateur Alsatis Réseaux ont déployé plusieurs cas d’usages métiers et sur-mesure. Parmi eux, nous retrouvons les robots mobiles autonomes (AMR), qui permettent la réduction de la pénibilité et augmentation de la cadence ; les lunettes connectées pour le contrôle d’image et la colorimétrie. Ou encore l’utilisation de drones, pour optimiser la supervision industrielle.
Pour Airbus, selon Alexandre Bey : « Nous avons plusieurs use cases, comme la tablette connectée jusque dans l’avion, qui fait aussi office de cage de faraday ; des robots connectés pour la facilité d’amener de la 5G, ou encore des AGV de transports d’avion ou de logistique. Nous utilisons également ce réseau pour faire du Professional Mobile Radio, donc une communication très sécurisée, puisque nous nécessitons de communiquer jusque dans des galeries, des zones souterraines et des datacenters. Notre plus gros 5G use case est le transfert de données des avions de test, qui détiennent plus de 60 à 80 GO de données après chaque vol. La 5G privée nous permet donc la réduction du temps de turn around entre chaque vol, pour pouvoir décharger l’ensemble des données. »
Que représente l'investissement du déploiement d'un réseau 5G privé ?
Avec seulement 4 à 5 antennes pour couvrir 50 hectares, pour Acome, le choix de la 5G privée s’est avéré à la fois plus efficace et moins coûteux que le Wi-Fi, qui aurait nécessité jusquà 20 fois plus d’équipements. « L’infrastrcuture 5G s’est imposée comme un élément supplémentaire pour booster notre productivité », souligne Aurélien Bergonzo.
Quant à Aribus, Alexandre Bey exprime : « Aujourd’hui, Airbus détient plus de 1 000 endpoints connectés : tablettes, PMR et robots essentiellement. Une usine Airbus fait entre 30 000 et 60 000 m2. Il faut compter y compter environ 80 bornes Wi-Fi, pour couvrir les positions avion et avec lesquelles la continuité de la connectivité est impossible. Le fait de passer à un réseau 5G privé, avec une radio et deux antennes, nous permet de couvrir l’ensemble du site. »
L’investissement dans un réseau privé 5G repose sur plusieurs considérations importantes. Tout d’abord, le cœur de réseau et les services à mettre en place représentent un coût significatif. Cependant, l’accès aux fréquences est désormais beaucoup plus simple et nettement moins onéreux qu’il y a quatre ans. Ce constat est valable en France, mais également en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni, ce qui rend cette option accessible pour de nombreuses entreprises, d’après Alexandre Bey.
En ce qui concerne le déploiement, il nous explique : « Une usine de notre taille, nécessitant environ 50 à 60 bornes, implique un coût d’environ 70 000 € pour un câblage classique, alors que l’installation d’un réseau privé 5G revient à environ 65 000 €. La 5G se révèle donc être une solution plus économique. Sur une surface totale de 3,7 millions de mètres carrés à couvrir, les deux options présentent un coût global équivalent. »
Quels sont les freins actuels au déploiement de la 5G ?
Installer un réseau 5G privé semble désormais accessible pour les industries. Cependant, pourquoi son déploiement peine-t-il encore à se généraliser ?
En effet, selon Olivier Duverger, Chef de Projet Industrie du Futur au CETIM, trois dynamiques sont à prendre en compte : « Premièrement, les industries ne parviennent pas à voir le ROI à long terme, ce qui freine l’adoption, par l’industrie, des nouvelles technologies. Ensuite, nous observons la dynamique de la transformation numérique industrielle : deux tiers des entreprises (ETI et PME) déclarent qu’elles ont amorcé leur transformation industrielle, et seule 10% d’entre elles considèrent qu’elles en sont à un stade avancé. On observe donc une approche fragmentée des transformations numériques, ou les entreprises visent des petits projets qui n’éclairent pas des choix structurants d’investissement. Et enfin, il y’a la dynamique d’investissement. Les entreprises qui ont investi massivement dans une infrastructure numérique pour la production, ne vont as réinvestir.»
Alexandre Bey rejoint Olivier Duverger et ajoute : « C’est une nouvelle technologie, qui à la base est prévue à l’effet du monde télécom, et non de l’entreprise. Il faut donc avoir les ressources en interne pour l’intégrer dans l’entreprise, et pour chaque collaborateur. Deuxièmement, fournir de la 5G c’est une chose, mais il faut aussi l’intégrer dans les systèmes d’information de l’entreprise et anticiper l’écosystème de tous les éléments connectés. En ce qui concerne l‘exposition aux ondes 5G, nous collaborons avec des organismes indépendants. Nos installations indoor respectent des seuils bien inférieurs aux limites légales, soit moins de 2 à 3 volts par mètre, pour un seuil de 28 à 61 volts par mètre.»






